Une aventure oecuménique - no. 141, mars 2001

par Emmanuel Lapierre
Emmanuel Lapierre, o.p. a été directeur adjoint du Centre canadien d'oecuménisme.

L'un des événements oeuméniques les plus significatifs de tout le XXe siècle a certainement été la signature par les catholiques et les luthériens de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification à Augsbourg le 31 octobre 1999. Alors que ce siècle s'est ouvert par la célèbre mais somme toute timide Conférence d'Édimbourg en 1910, qui a inauguré l'oecuménisme moderne, voilà qu'il se termine par un accord doctrinal qu'on n'aurait jamais cru possible, au départ, en si peu de temps. Car un siècle, c'est bien peu pour avoir parcouru tant de chemin, surtout si l'on tient compte que les catholiques n'ont rejoint le mouvement qu'au début des années soixante.

À Montréal, nous avons ressenti qu'il fallait fêter ça, mais surtout qu'il fallait faire connaître un événement aussi important à un large public.

Dès la signature de l'accord, le pasteur de l'Église luthérienne St. John, le Pr. Eric E. Dyck nous contacta au Centre canadien d'oecuménisme et nous proposa de nous joindre au Montreal Lutheran Council pour préparer ensemble une journée d'étude offerte à la population.

Et l'aventure commença. Car ce fut une belle aventure. Très tôt le curé de la paroisse catholique Notre-Dame-de-la-Salette, le Pr. Camille Doucet, m.s., dans le voisinage immédiat de St. John Lutheran, donna son accord pour partager l'accueil des participants. On décida que l'avant-midi se passerait à l'église luthérienne et l'après-midi à l'église catholique.

D'un commun accord, nous avons voulu retenir les services de conférenciers chevronnés, capables d'apporter un éclairage de niveau académique, tout en étant à la portée du public intéressé par une telle journée. Notre choix se porta sur quatre personnes, deux luthériens, deux catholiques, répartis géographiquement de Toronto à Québec. En quelques jours ils avaient été rejoints et avaient accepté. Nous leur en sommes profondément reconnaissants. Ces quatre personnes qui pour nous étaient des perles rares, sont le Pr. Robert A. Kelly, le Rév. Dr. Matthew Anderson, le Rév. Gilles Routhier et Mme Catherine Clifford.

Les exposés se donneraient le matin. L'après-midi serait consacré à des ateliers, au nombre de quatre, où les conférenciers se répartiraient comme personnes de ressources.

Un semblable événement ne pouvait se tenir sans donner à la prière une place importante. Nous avons donc décidé de terminer la journée par une célébration à l'église Notre-Dame-de-la-Salette, co-présidée par le directeur du Centre canadien d'oecuménisme, le Pr. Gilles Bourdeau, o.f.m., et le pasteur de St. John Lutheran, le Rév. Eric Dyck. Ce fut une célébration émouvante, centrée sur l'action de grâce au Dieu qui avait conduit les disciples de son Fils à une telle réconciliation dans la foi. Et pour rendre cette réconciliation vraiment effective, chaque président, au nom des fidèles montréalais de sa propre confession, a demandé et reçu le pardon de l'autre confession, pour les mésententes, les préjugés, les mépris ou toutes autres offenses qu'ils auraient pu avoir commis par le passé. C'est sans doute le moment de la journée qui nous a tous le plus touchés.

Pourquoi vous raconter en détails l'histoire de cette journée? Tant d'autres événements oecuméniques dans votre propre expérience ont suivi un déroulement semblable.

C'est que nous vous présentons, dans ce numéro de la revue le texte entier des quatre conférences de nos invités. Nous désirons que ces textes ne soient pas seulement une belle lecture, profitable à la foi de tous et de toutes. Nous désirons qu'ils soient lus dans le contexte de ce que nous avons vécu et qui fut un grand moment oecuménique.

Ça s'est passé à Montréal, le 13 mai 2000. Le 28 janvier 2001, en clôturant la Semaine de prière pour l'Unité des chrétiens, luthériens et catholiques se sont retrouvés à St. John Lutheran pour reserrer les liens de foi et d'amitié qu'on avait si heureusement commencé huit mois plus tôt.

Nous complétons ce numéro par l'ajout de deux articles. D'abord la réaction d'un théologien qui n'est ni luthérien, ni catholique, le Pr. John Simons, du séminaire anglican de Montréal et enfin une comparaison de l'accord doctrinal avec la Déclaration Dominus Iesus ... dont il fallait bien dire un mot.

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