Vivre tous ensemble la joie de Pâques - no. 145, mars 2002

par Daniel Pourchot
Daniel Pourchot, c.a., est pasteur de l'Église évangélique luthérienne et professeur (retraité) de la Faculté de théologie catholique à l'Université de Montréal (Histoire de l'Église et Patristique).

Pour toute la Chrétienté, la plus importante des célébrations est assurément celle de la Résurrection du Christ Jésus, autrement dit la fête de Pâques. En fait, et dès le début, le dimanche de chaque semaine a été le jour privilégié pour le rassemblement des croyants, en mémoire du jour qui vit la résurrection de leur Sauveur et Seigneur.

Pourquoi faut-il alors que, dès le début aussi et jusqu'à notre temps, ces croyants n'aient pas réussi à s'entendre sur la date qui, chaque année est le moment de cette célébration?

À ce propos, ce qu'on appelle «la controverse pascale» prend naissance dès le Iie siècle, à une époque où chaque communauté chrétienne locale jouit d'une grande autonomie, en particulier en ce qui concerne son calendrier.

C'est ainsi que les Églises occidentales (dont Rome) surtout, mais aussi quelques Églises d'Orient, Alexandrie par exemple, avaient choisi de célébrer la Résurrection le dimanche suivant la première pleine lune du printemps, et c'est encore le cas aujourd'hui pour les Églises de tradition occidentale latine. En Asie mineure et, par la suite, dans la plupart des Églises de tradition grecque orientale, le choix porta plutôt sur le quatorzième jour de la première lune du printemps, ou encore le quatorzième jour du mois de Nisan du calendrier juif.

En dépit des efforts qui ne furent pas ménagés pendant plusieurs siècles à la fin d'obtenir une réconciliation sur cette question, aucun accord n'a encore permis de la résoudre. Cette controverse pascale a même été une des causes -- ou prétextes -- amenant la rupture de l'unité entre Église catholique occidentale et Église catholique orientale au XIe siècle -- le Schisme.

Par la suite, le problème a été encore compliqué, au XVIe siècle, par les effets des Réformes protestantes et catholiques d'une part, et par l'adoption, en octobre 1582, du calendrier grégorien destiné à corriger et remplacer le calendrier julien qui avait été observé jusqu'alors. Adopté presque immédiatement par les pays d'obédience romaine d'Europe occidentale et centrale, le nouveau calendrier ne fut accepté que dans le courant du XVIIIe  siècle dans les pays qui avaient adopté les réformes luthériennes, calvinistes ou anglicanes. Ce n'est qu'en 1918 que la Russie devenue soviétique accepta le calendrier grégorien, au civil, tandis que les Églises orthodoxes, dont celle de Russie, restaient fidèles au calendrier julien, en ce qui concerne également la date de la célébration pascale.

Le XXe  siècle a été témoin de la naissance du mouvement oecuménique, appelant à un dialogue fécond tous les chrétiens qui aspirent à une manifestation de plus en plus évidente et visible de l'Unité profonde et Dieu-donnée de tous les croyants. Ne serait-il donc pas heureux que tous ces croyants puissent célébrer ensemble, le même jour et à travers le monde entier, le mystère et les promesses de la Résurrection?

C'est sans aucun doute le voeu de ceux qui ont participé à la composition de ce numéro d'Oecuménisme et qui représentent les plus importantes communions ecclésiales de la Chrétienté.

Le Dr Pamela Bright, spécialiste de l'époque patristique, et le Père César Vasiliu, prêtre de l'Église orthodoxe roumaine, exposeront d'abord les tenants et aboutissants de la « controverse pascale ». Les autres contributions rendront compte des traditions qui leur sont propres et formuleront les conditions du dialogue qui conduira, souhaitons-le, à un accord de tous sur cette question.

Puissent les lecteurs de cette revue vivre l'année où, le même jour, ils célébreront dans la joie, la confiance et l'amour, la Résurrection du Chef de toute l'Église et qui a rendu possible la leur; c'est la prière du soussigné.

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