Vers la Jérusalem céleste -no. 146, juin 2002
Le rabbin Leigh Lerner est rabbin principal du Temple Emanu-El-Beth Sholom et président du Dialogue judéo-chrétien à Montréal.
Lorsqu'une société présente son rapport annuel, elle attribue une valeur au « goodwill* », montrant par là que sa réputation a acquis une valeur tangible. Que vaut le « goodwill » dans le cas d'une organisation sans but lucratif? En 2001, le Dialogue judéo-chrétien à Montréal ( DJCM ) a appris qu'il avait réellement acquis le goodwill, survaleur ou bienveillance, de la communauté. Celle-ci était prête, en retour, à prêter ses ressources pour la création d'une conférence en vue de promouvoir un sentiment de bienveillance entre ses chefs religieux et ses professeurs de religion.
« La Jérusalem céleste : identité et culture du dialogue » fut d'abord l'idée d'un homme, Ernst Haim. M. Haim, ingénieur à la retraite, ne fait pas partie du Dialogue judéo-chrétien à Montréal, mais il en épouse les objectifs. Lorsque le pape Jean-Paul II a entrepris son fort rapprochement avec la communauté juive, M. Haim a vu les efforts du pape pour surmonter des siècles d'antijudaïsme comme un événement millénaire. Le changement d'attitude de l'Église de Rome s'est produit alors que d'autres communautés chrétiennes faisaient aussi de grands pas pour combler les brèches entre juifs et chrétiens. Ainsi, à la même époque, paraissait le document Bearing Faithful Witness, dans lequel l'Église unie du Canada déplorait la théologie de la substitution et celle du mépris.
Bien que le dialogue ait depuis longtemps amené juifs et chrétiens à une meilleure compréhension, Ernst Haim pensait que la coïncidence d'une transformation des politiques et des théologies des grandes Églises a été la base sur laquelle une importante conférence pouvait être constituée. Je lui ai demandé de partager son enthousiasme et sa pensée avec les membres du Dialogue et ceux-ci ont été d'accord que le temps était venu de tenter quelque chose qui dépasse le cadre de nos discussions mensuelles internes.
Se fondant sur l'idée que le caractère bilingue de Montréal en faisait un milieu où Européens et Nord-Américains pourraient se parler très facilement, M. Haim a pressé le Dialogue d'adopter une vision internationale. Tout en reconnaissant que nos moyens limités ne nous permettaient pas de monter une conférence internationale de grande envergure, nous nous sommes engagés à organiser une conférence pour Montréal et les régions environnantes au Canada et aux États-Unis, qui accueillerait des points de vue de chefs religieux européens. Nous nous sommes aussi engagés à organiser une conférence bilingue.
Nous avons cherché l'appui d'autres groupes et des départements d'études religieuses des universités montréalaises. En rencontrant leurs dirigeants, je me suis rendu compte que le DJCM avait amassé un merveilleux capital de goodwill dans la ville. Le résultat a été la pleine collaboration du Centre canadien d'oecuménisme, de Direction chrétienne, de l'Université Concordia, de l'Université McGill, du Temple Emanu-El Beth Sholom et de l'Université de Montréal. Sans l'entière collaboration de ces institutions, la « Jérusalem céleste » n'aurait pas quitté la terre; elle n'aurait été qu'une idée qui n'aurait pas atteint les hauteurs où elle s'est élevée. Les représentants de ces institutions qui ont participé à l'organisation de la conférence et qui l'ont soutenue étaient: le père Gilles Bourdeau, o.f.m., M. Glenn Smith, le professeur Ira Robinson, le rabbin Barry Levy, le Dr Victor Goldbloom, et les professeurs Jean Duhaime et Alain Gignac. Le Dialogue judéo-chrétien de Montréal leur doit une profonde gratitude.
La présidence du comité organisateur de la conférence des 4 et 5 novembre 2001 a été un des grands privilèges de ma vie de rabbin. Le dialogue était au coeur de sa préparation. Des personnes qui s'intéressent sérieusement aux relations interreligieuses et au sens de la fidélité à leur propre tradition ne peuvent s'asseoir ensemble pour organiser vingt-quatre heures de véritable dialogue, sans qu'il y ait créativité, franchise, sensibilité et une vision qui fasse avancer les choses. Toutes ces qualités étaient évidentes au cours des délibérations.
Qu'est-il résulté de la conférence ? Elle a réuni trois grandes universités dans un esprit d'entière collaboration, sans souci de territorialité, mais avec le seul espoir que chacune apporterait la contribution d'un penseur remarquable. Tandis que nous, le public, avons rarement l'occasion de voir une telle collaboration interuniversitaire, « La Jérusalem céleste » nous a rendu présent ce qui, dans les faits, se produit sans bruit dans les cercles universitaires de Montréal, où des programmes communs et le partage de classes et de ressources existent déjà. La conférence a représenté un considérable travail intergroupes, réunissant étroitement universités et organismes religieux en vue d'une compréhension communautaire. Ce fut peut-être une première.
Par-dessus tout, la conférence a réalisé son objectif : créer un dialogue sur l'avenir des relations judéo-chrétiennes. Après chaque présentation, l'auditoire se partageait en petits groupes de discussion et se réunissait ensuite pour une séance plénière animée par le Pr Alain Gignac et le rabbin Howard Joseph qui répondaient aux questions. Puis tous les participants pouvaient échanger leurs idées, en français ou en anglais. Grâce à cette vigoureuse série d'interactions, la conférence s'est déroulée rapidement et plusieurs points substantiels et idées prometteuses ont été débattus. Parmi les participants au dialogue il y avait des nouveaux venus dont certains ont manifesté le désir de faire partie du DJCM.
À la suite de la conférence, le Dialogue judéo-chrétien à Montréal a résumé et évalué les actes de « La Jérusalem céleste » pour son propre compte, afin de formuler son plan de dialogue pour les quelques années à venir. Cela aussi peut être considéré comme un résultat majeur et sérieux de la conférence.
Dans les pages qui suivent, vous trouverez les textes des conférences, qui étaient au centre de notre travail. Le DJCM les remercie pour le temps qu'ils nous ont consacré et leurs contributions. Nous remercions aussi Oecuménisme et le Centre canadien d'oecuménisme qui consacre un numéro à cette réalisation. Puisse l'impact de « La Jérusalem céleste : identité et culture du dialogue » se faire sentir à travers cette revue aussi fortement que l'ont senti ceux qui ont participé en personne à la conférence.
*Il s'agit ici d'un jeu de mots sur les deux sens de « goodwill » : dans le langage ordinaire, il signifie bonne volonté, bienveillance; en termes de commerce, il se traduit par « survaleur » ou « actif incorporel ».
Remerciements : Le Dialogue judéo-chrétien à Montréal tient à remercier les personnes suivantes dont la contribution a rendu possible la conférence présentée dans le présent numéro d'Oecuménisme.
Patrons honoraires : M. Joseph Gabay, Congrès juif canadien; Mgr Andrew Hutchison, évêque anglican de Montréal; M. le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal; la Corporation Archiépiscopale Catholique Romaine de Montréal; et le gouvernement du Québec- Sports et loisirs, par l'entremise de MM. Russell Copeman et Thomas Mulcair, membres de l'Assemblée nationale.
Patrons : le rabbin Ron Aigen, Mme Sylvia Assouline, le père Gilles Bourdeau, o.f.m., Mme le rabbin Elina Bykova, le Dr Victor C. Goldbloom, le révérend Dr William Klempa, Mme Rita Leblanc, le rabbin Leigh Lerner, le révérend John Matheson, les Soeurs de Sion - Sr Diane Willey, M. Glenn Smith, le révérend Matti Terho, M. Edward B. Wolkove et Mme Sarah Lieberman.
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