Allumer le cierge de nos enfants, no. 148, décembre 2002
Angelika Piché a été directrice adjointe du Centre canadien d'oecuménisme jusqu'a aoüt 2004.
This document is also available in English: Lighting Faith in Children.
Dans cette saison la plus sombre de l'année, le temps de l'hiver, et dans le temps de Noël, nous entendons souvent parler de la lumière en tant que métaphore. Cette métaphore fait directement référence à notre expérience de la noirceur et oppose celle-ci à la clarté de la foi.
C'est une image qui nous parle beaucoup, parce que nous avons besoin d'éclairage afin de voir et de comprendre. Ceux et celles qui vivent dans la foi savent qu'elle nous éclaire dans la compréhension de ce que nous sommes dans le monde, et dans nos multiples relations avec autrui et avec Dieu. Ce n'est qu'au moyen d'une vision claire que nous pouvons avancer avec confiance.
Si nous tenons des enfants par la main, comme parents, grands-parents, enseignant(e)s ou responsables de pastorale, pour les accompagner dans la vie, nous voulons, bien sûr, éclairer leur chemin aussi. Dans la même mesure où la lumière de la foi est indispensable pour nous, elle l'est pour la génération suivante qui cherche sa vision du monde et la direction à suivre. Ainsi, nous sommes appelés à partager notre lumière. Tout comme dans les liturgies traditionnelles de la nuit de Pâques, nous pouvons, avec la flamme de notre propre cierge, allumer le cierge de nos enfants. La lumière se répand ainsi d'une génération à l'autre et continue à briller.
Pourtant, faire passer la flamme semble plus difficile que jamais et la façon dont nous pouvons transmettre notre foi à la génération suivante est devenue source de questionnements profonds, une quête d'importance fondamentale dans toutes les Églises chrétiennes, et mêmes dans les autres traditions religieuses.
Comment éveiller la foi des enfants ? Beaucoup de voix dans divers milieux posent aujourd'hui la question.
Les raisons qui nous obligent à réexaminer notre approche de l'éducation religieuse sont multiples. En premier lieu, nous nous trouvons dans une culture de changement constant qui véhicule une philosophie laïque et un mode de vie entièrement areligieux. Cela transforme la vie publique et nos institutions.
Clément Vigneault, de l'Office de catéchèse du Québec, nous explique dans son article les récents changements dans la politique scolaire de cette province. Ces changements suscitent un effort considérable de renouvellement au sein de l'Église catholique romaine.
Le triangle Famille - Église - École, qui traditionnellement avait pris en charge la transmission de la foi aux enfants, éclate. Comme la société dans son ensemble se retire de l'éducation religieuse, les deux autres pôles, «Famille» et «Église», se demandent comment prendre la relève.
Les parents se sentent souvent de moins en moins équipés pour relever un tel défi. Plusieurs de nos auteurs, dans ce numéro, soulignent néanmoins l'importance de la famille et de l'expérience à la maison, et cela à différents niveaux!
Parmi eux Hayat Mirza-Makhoul, qui présente une vision psychopédagogique du développement spirituel de l'enfant. Cela nous permet de comprendre le développement de l'enfant en général, et plus particulièrement ce qui concerne son vécu spirituel et religieux. Son article nous montre les données sur lesquelles toute éducation religieuse s'appuie.
Par la suite, nous faisons place à des auteurs de différentes dénominations chrétiennes qui décrivent le défi et les possibilités de l'éducation à la foi tels qu'ils sont perçus dans leurs Églises respectives aujourd'hui.
Stephen Bigham et Beverly Bechara nous parlent de leurs expériences dans l'Église orthodoxe.
Jean Olthuis nous présente la perspective protestante.
Cet auteur touche aussi, dans son article, d'autres raisons qui remettent en question nos méthodes de l'enseignement religieux aujourd'hui: les effets de l'évolution des technologies de communication (médias, informatique et autres). Les nouveaux moyens de diffusion d'information ont une influence sur la manière dont les jeunes structurent leur pensée et apprennent. Est-ce que la présentation des contenus religieux correspond à leur façon de recevoir l'information ?
Finalement, le témoignage d'une famille mixte (protestante et catholique), présenté par Craig Buchanan, nous amène à la question de base à laquelle toute éducation religieuse fait face aujourd'hui : Comment élever les enfants dans une tradition particulière tout en leur communicant respect et appréciation pour les autres traditions ?
Outre la présence et la visibilité de plus en plus grande des différentes traditions chrétiennes dans la société, il y a celle des autres traditions religieuses. Les enfants vivent dans une réalité oecuménique et multireligieuse au quotidien. Cela soulève des interrogations fondamentales pour toute éducation de foi. Nous nous trouvons devant la nécessité d'élever les enfants dans un esprit véritablement oecuménique! Grandir dans un esprit oecuménique veut d'abord dire prendre racine dans une tradition religieuse particulière et faire entièrement partie de cette tradition avec ses convictions et sa vie spirituelle. Ensuite, cela signifie apprendre à voir que d'autres vivent le même genre de relation et d'engagement - d'une autre manière. C'est sur cette base que nous pouvons aller vers la rencontre de l'autre et mener un dialogue ouvert et respectueux.
Dans cet esprit, nous ouvrons, dans ce numéro, une porte vers les expériences des croyant(e)s des autres religions. Baruch Frydman-Kohl et Priyamvada Sankar partagent avec nous l'approche de l'éducation religieuse des points de vue juif et hindou. Il est surprenant de constater à quel point nos défis et nos pistes d'avenir se ressemblent.
De tous les articles, en fait, un consensus semble se dégager sur quelques éléments qui seraient essentiels pour parvenir à faire passer notre flamme à la prochaine génération. Que ces contributions éclairent notre route commune avec les enfants pour que la lumière continue à briller dans le monde.
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