Dialogue oecuménique au Canada - no. 152, décembre 2003

par Gilles Routhier
Professeur et Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval (Québec). Membre de la Commision de dialogue anglicans-catholiques du Canada.

This document is also available in English: A Panorama of the Current State of Ecumenical Dialogue in Canada.

À l'occasion du séjour du cardinal Walter Kasper à l'Université Laval pour y recevoir un doctorat d'honneur, la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval organisait une journée d'étude, le 4 avril dernier, pour faire le point sur la situation de l'oecuménisme au Canada. Si cette journée, intitulée « Notre pèlerinage vers l'unité des Églises », avait d'abord pour objectif de permettre au cardinal Kasper de se donner une vue d'ensemble des initiatives dans le domaine de l'oecuménisme au Canada, on peut dire qu'elle a également permis aux responsables de l'oecuménisme au Canada de se rencontrer et de s'informer mutuellement de leurs réalisations respectives. En effet, et c'est sans doute là le miracle de cette journée, cette journée a tenu le pari de rassembler des gens de toutes les parties du Canada, des Maritimes, du Québec, de l'Ontario et des Prairies, si bien que nous avons pu partager nos réalisations respectives, les espérances que nous entretenons et les impatiences qui nous tenaillent. Bien plus, la journée a permis aux participants de s'ouvrir à d'autres initiatives que celles dans lesquelles ils sont engagés. En effet, le dialogue oecuménique a souvent un caractère bilatéral, si bien que l'ensemble des initiatives comprises dans ce vaste mouvement risque d'évoluer sur des voies parallèles, certaines personnes devenant plus spécialisées dans les contacts avec l'orthodoxie, d'autres se consacrant au dialogue avec l'Église anglicane, etc. L'oecuménisme, qui risque toujours de se spécialiser, a aussi besoin d'espaces de dialogue qui permettent la rencontre de personnes engagées dans un de ses secteurs particuliers. À cet égard, la journée a tenu le pari de permettre des échanges entre personnes engagées dans le dialogue entre anglicans et catholiques, entre l'Église unie du Canada et l'Église catholique, etc. La journée d'étude a donc permis des échanges qui dépassaient les échanges bilatéraux pour s'ouvrir à l'ensemble du mouvement oecuménique au Canada.

La journée a aussi permis d'abolir une autre frontière ou de dépasser un autre cloisonnement. En effet, tous les niveaux du dialogue étaient honorés avec la participation de différents centres dédiés à l'oecuménisme (le Centre Emmaüs et le Centre canadien d'oecuménisme de Montréal et le Prairie Centre for Ecumenism de Saskatoon), la participation de représentants d'organismes oeuvrant au plan national, tels le Conseil canadien des Églises ou l'Office d'oecuménisme de la Conférence des évêques catholiques du Canada, ou de personnes travaillant à l'échelon local, d'un diocèse ou d'une ville, comme c'est le cas pour le Conseil interconfessionnel de Québec. Pareillement, les divers niveaux du dialogue oecuménique ont été mis en valeur : le dialogue des évêques et les commissions de dialogue formées de représentants désignés par les Églises.

L'ensemble offre un panorama de la situation actuelle du dialogue oecuménique au Canada, de ses acquis, de ses réalisations, de ses espérances, de ses problèmes, de ses blocages, de ses frustrations ou de ses impatiences. Plus que des communications, cette journée a été l'occasion de plusieurs échanges et conversations, si bien qu'elle a permis de faire une véritable expérience du dialogue. Comme toute expérience oecuménique, l'expérience de rencontre était soutenue par une expérience de prière et de rencontre de Dieu, la journée s'étant ouverte par une prière, selon la tradition orientale et clôturée par une célébration coprésidée par l'évêque anglican et l'archevêque catholique de Québec, Mgr Bruce Stavert et Mgr Marc Ouellet, ancien secrétaire du Conseil pontifical pour l'Unité des chrétiens.

Une telle vue d'ensemble nous a permis de faire un bilan de santé de l'oecuménisme au Canada près de 40 ans après Unitatis redintegratio. Ce mouvement, même s'il n'évolue pas dans la même euphorie que celle qui caractérisait les années 1960, au moment de la tenue à Montréal, en 1963, de l'Assemblée de Foi et Constitution, n'en demeure pas moins solidement enraciné. Depuis ses premiers frémissements, il a été épuré par les épreuves, notamment l'épreuve du temps. Si cela a conduit certains au cynisme ou à la désillusion, l'épreuve du temps et les difficultés de parcours ont enraciné plus profondément chez d'autres le désir de l'unité. Le cardinal Kasper a quant à lui redit au groupe l'engagement irréversible et résolu de l'Église catholique en matière d'oecuménisme et a encouragé tous les participants à persévérer dans le patient labeur qui pave la voie à l'unité des chrétiens. Chose certaine, cette journée a montré que l'oecuménisme est encore bien vivant au Canada et, s'il a perdu sa première naïveté, il n'en est pas moins profondément enraciné. Il a la vie dure, malgré les printemps qui tardent à laisser leur place à l'été si ardemment attendu.

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