L'essence de la mission - nos. 157-158, mars-juin 2005
Adèle Brodeur est directrice adjointe du Centre canadien d'oecuménisme à Montréal.
This document is also available in English: The essence of mission.
Ce numéro spécial sur la mission souligne le quarantième année de publication de la revue trimestrielle Oecuménisme et relève deux moments importants dans l'évolution de la revue et de l'histoire du Centre. Nous y trouvons le tout premier éditorial rédigé par le Père Irénée Beaubien, jésuite, fondateur du Centre canadien d'oecuménisme. Cet article a été publié en février 1966, à l'époque du Concile Vatican II. Nous avons aussi repris un autre éditorial que le Père Beaubien a rédigé en 1982 pour marquer le passage du bulletin trimestriel à la revue Oecuménisme. Quelques lignes de cet éditorial ont une résonance toute particulière à notre époque lorsque l'auteur, pour décrire les dimensions essentielles de l'oecuménisme qui font partie de la mission de chaque chrétien et chrétienne, écrit : « ( ) l'unité respecte la diversité; ( ) le principal animateur du mouvement oecuménique est l'Esprit qui nous pousse à nous rapprocher les uns des autres dans un climat de vérité et d'amour. »
Ce message est au coeur de ce qu'est la mission et dans ce numéro où nous explorons à nouveau ce qu'est la mission chrétienne face aux enjeux de notre époque, nos auteurs réitèrent que c'est la présence de l'Esprit, dans toutes nos activités humaines et dans toutes les sphères où elles s'exercent, qui permet à chaque personne d'être reconnue, de s'épanouir et de participer pleinement à la réalisation d'un monde où le progrès pourra se réaliser dans la mesure où il fera place à la vérité et à l'amour.
Le premier article est celui du Père Georges Tavard qui nous propose ses réflexions sur la réception du Décret sur l'oecuménisme Unitatis Redintegratio, promulgué le 21 novembre 1964 et à la rédaction duquel Père Tavard avait participé à titre de théologien Consulteur. Dans son article, il nous rappelle que la réception des conciles oecuméniques ne va pas de soi et que des fidèles, des prêtres, des évêques et même parmi ces évêques qui ont participé au Concile Vatican II, certains ont vécu des états d'âme dans lesquels des questions et des doutes se sont exprimées. Père Tavard relate aussi la réception faite par Jean Paul II au Décret Unitatis Redintegratio. En effet, Jean Paul II, tout au long de son pontificat, a sans cesse rappelé et mis de l'avant la nécessité de la purification de la mémoire pour se réconcilier et se tourner vers l'avenir et ainsi faire place à la vérité et à l'amour.
L'article qui suit veut rendre hommage à Jean Paul II pour qui la mission s'inscrivait dans le respect de la dignité de chaque être humain. Cet homme de dialogue, cet apôtre de la réconciliation a su être un instrument de l'Esprit-Saint, il a compris que l'unité des chrétiens ne peut se faire sans que chacun, chacune individuellement et collectivement à l'intérieur de nos Églises et Communautés ecclésiales, ayons pris conscience de la nécessité de la réconciliation.
Brian McDonough, dans l'article suivant, écrit sur la responsabilité sociale telle que comprise dans la tradition chrétienne. Il met l'accent sur les deux pôles de cette responsabilité : le pôle caritatif et le pôle de la justice sociale. Ces deux pôles nous réfèrent à la fois à notre responsabilité individuelle et à notre responsabilité collective en tant que disciples du Christ. Son texte se fonde sur la pensée sociale de l'Église catholique et sur deux des textes du Concile Vatican II : L'Église et le monde moderne ainsi que Nostra Aetate.
Après l'article de Brian McDonough, un Document préparatoire adopté en 2000 par la Commission de mission et d'évangélisation du Conseil oecuménique des Églises pour servir de document d'étude au cours de la phase préparatoire de la Conférence mondiale sur la mission et l'évangélisation est reproduit dans notre revue. Ce Document analyse les concepts de mission et d'évangélisation dans une perspective oecuménique. Un des sous-titres : La mission et l'évangélisation dans l'unité : un impératif et une vocation est explicité en affirmant : « la mission a une importance fondamentale pour la foi et la théologie chrétiennes. Elle n'est pas une option, mais plutôt une vocation d'ordre existentiel. La mission fait partie de l'être même de l'Église et de tous les chrétiens et elle le conditionne. » Dans ce Document, la foi se vit à l'intérieur de tous les domaines où s'exercent les activités humaines, elle n'est pas exclusivement rattachée à la spiritualité.
Dans l'article qui suit, Glenn Smith se penche sur la mission de Dieu dans le monde urbain actuel. Il nous montre comment, en tant que chrétien et chrétienne, nous avons à travailler à cette mission de Dieu et ce, à l'exemple du Christ, Dieu incarné, qui est venu pour accomplir cette mission divine. L'auteur écrit : « L'incarnation ne peut donc pas être dissocié de la spiritualité chrétienne. » En d'autres termes, l'auteur nous fait saisir que la mission ne peut se définir simplement comme une activité individuelle et collective mais qu'elle vient de Dieu et que cette présence de Dieu, au coeur de chaque chrétien et de l'Église, c'est l'Esprit qui appelle tous à participer à la mission.
La 24ième commémoration chrétienne de la Yom HaShoah qui a eu lieu à l'Oratoire Saint Joseph du Mont Royal vous est ensuite présentée dans ce numéro. Cette commémoration a été un moment privilégié de dialogue où chrétiens, juifs et des représentants d'autres religions ont prié ensemble pour que nous soyons toujours à l'écoute de l'Esprit qui est présent en nous. Ainsi nous ne pourrons plus jamais penser, parler et agir d'une manière inhumaine et dévastatrice mais nous penserons, parlerons et agirons de telle sorte que la dignité de nos frères et soeurs sera respectée, « qu'ils auront du prix à nos yeux »; nous pourrons alors élaborer ensemble notre humanité telle que donnée par Dieu, à son image.
Bonne lecture!
Tags: oecuménisme |