Le Mariage : une institution céleste ou humaine ? - no. 163, septembre 2006
Stuart Brown était le directeur général du Centre Canadien d'oecuménisme. Il a travaillé en Afrique comme au Canada dans les relations interreligieuses pendant plusieurs années. Il est l'auteur de The Nearest in Affection.
This document is also available in English: Marriage: Made in Heaven or on Earth?.
Depuis le début de la société humaine, chaque communauté a pris soin de se doter d'une structure familiale, pour assurer l'éducation des enfants, au sens « primitif » du terme, et pour arranger la vie sexuelle des hommes et des femmes. Je connais une seule exception à cette règle générale, mais le fait que je la connaisse suggère qu'il y en ait d'autres.
Je me permets de vous raconter l'exception que je connais. Au Soudan, près de la frontière éthiopienne, habitent les gens qui s'appellent les Udok. Au milieu du vingtième siècle, trois missionnaires américains (un couple et une femme célibataire) se sont installés chez les Udok pour témoigner de leur foi. Ils se mettaient à apprendre la langue du pays, et à traduire la Bible dans cette langue. Mais ils se trouvaient devant deux grands défis culturels.
D'abord, ces gens ne semblaient pas avoir d'idée des « faits de la vie ». Les femmes habitaient de grandes maisons ensemble, et les hommes leur rendaient visite. Les missionnaires ont encouragé ceux et celles qui se montraient intéressés à leur message à s'engager dans des couples, et à chaque couple ainsi formé ils donnaient une maison dans l'enceinte missionnaire. L'autre problème touchait les fêtes que les gens célébraient quand ils s'aidaient les uns les autres à faire les semailles ou les récoltes. À ces occasions, les gens buvaient beaucoup de bière, et les missionnaires voulaient les sevrer de toute boisson alcoolique.
À un moment donné, le gouvernement soudanais a expulsé tous les missionnaires étrangers. Les missionnaires de ce conte venaient d'achever leur traduction du Nouveau Testament, et les premiers cinq mille exemplaires sont arrivés au camp juste au moment du départ des traducteurs. Ils ont donc quitté les lieux, après une vingtaine d'années, tout en laissant les Bibles sur la table de leur cuisine.
Quinze ans plus tard, le gouvernement ayant permis aux missionnaires de revenir, le couple allait visiter leurs anciens voisins. Au lieu des sentiers dans le bois, ils trouvaient un chemin large, et un peu partout ils remarquaient des édifices avec des croix. Arrivés à leur ancien camp, ils avaient la surprise d'être reçus par une grande foule en fête, avec un grand repas qui les attendait. Le chef leur a expliqué: nous avons lu ce livre que vous nous aviez laissé. Dans ces pages nous avons appris que Dieu veut que nous vivions en couples, et nous avons donc changé nos habitudes ancestrales. Nous sommes tous maintenant membres de cette Église, et nous vivons dans nos ménages respectifs. Mais nous n'avons pas trouvé de bonne raison pour cesser de boire la bière, et nous continuons donc d'en prendre, surtout pour les semailles et les récoltes, même si nous avons adopté des sanctions contre l'ivresse.
Les Udok ont ainsi adopté l'institution du mariage. Par ce geste, ils se sont joints à la grande majorité des sociétés humaines. Mais le fait que chaque communauté de foi aurait élaboré ses propres règlements nous donnent une gamme intéressante de perspectives sur un phénomène universel. Je regrette de ne pas savoir la forme ou les rites instaurés par les Udok, mais nous vous offrons ici un petit panorama de quelques communautés mieux répandues au Canada. Je vous souhaite bonne lecture.
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